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Article inédit - Synthèse

Eva Jaeggi

«C’est que les femmes sont tellement émotionnelles...»: Psychothérapeute – la féminisation d’une profession1

Partant du fait que de moins en moins d’hommes choisissent le métier de psychothérapeute, notre réflexion s’est penchée sur les questions suivantes:

1. Quelles pourraient être les raisons de cette désaffection? On allègue des arguments biologiques, on évoque, par exemple, la différence d’état neurologique et hormonal qui (apparemment) expliquerait le fait que les hommes sont moins intéressés par tout ce qui touche à la langue, aux relations et aux symboles, qu’en revanche, ils s’intéresseraient davantage au fonctionnel. A l’opposé, on fait appel à certains aspects de la recherche sur le genre qui rompent avec le schéma rigide homme–femme ou même le contestent. Un troisième aspect est de nature sociologique: les hommes s’intéressent davantage à leur métier parce qu’ils y voient un facteur identitaire, ce qui expliquerait pourquoi ils aspireraient à la réussite et choisiraient des métiers de prestige. Et justement, la profession de psychothérapeute confère rarement ce genre de prestige.

2. Les hommes et les femmes choisissent-ils différentes écoles thérapeutiques? On pourrait émettre l’hypothèse que les hommes auraient plutôt tendance à choisir des approches thérapeutiques techniques et axées sur la solution des problèmes (comme la thérapie comportementale). Or ce n’est pas le cas – les statistiques le démontrent.

3. Les hommes et les femmes qui choisissent la profession de psychothérapeute ont-ils différentes «conceptions du monde»? Ici encore, certaines données indiquent que tel n’est pas le cas. En revanche, une étude empirique laisse à penser que les personnes (quel que soit leur sexe) qui choisissent de se former professionnellement dans une thérapie comportementale ont une conception du monde plus technique et fonctionnaliste (par opposition à symbolique et intériorisée) que ceux qui choisissent de se former dans une branche de la psychologie des profondeurs et/ou humaniste.

4. Quelles conséquences certaines dyades ont-elles sur le processus thérapeutique (notons que dans la situation actuelle, les dyades patient masculin–thérapeute masculin et patiente féminine–thérapeute masculin sont justement plus rares)? Se pourrait-il que, pour certaines personnes/problématiques, le fait qu’il y ait peu d’hommes dans cette profession soit défavorable? Comme les ouvrages de référence présentent surtout des conjectures, nous en sommes réduits aux spéculations. Cependant, on trouve dans une étude un (mince) indice que la combinaison thérapeute masculin–patiente féminine présente plus de risques que d’autres combinaisons. Il semblerait que cela ait un lien avec le comportement agressif de certains thérapeutes masculins (voir agressions sexuelles). Lorsque les panels étudiés comportent un nombre élevé de personnes, ces différences disparaissent et un fait demeure: le succès des thérapies est le même, que les thérapeutes soient masculins ou féminins.

5. Pour finir, notre réflexion nous a conduits à nous demander si, dans une «société thérapeutique», il ne serait pas souhaitable d’opposer le contrepoids de qualités à connotation féminine, groupées autour de variables relationnelles, à une société dominée par les valeurs marchandes, tout en attribuant des valeurs «thérapeutiques» aux deux sexes. 

1 Conférence tenue lors du Landespsychotherapeutentag, Berlin 09.03.2013

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